Sur l'ile des Moais

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Chili - Ile de Paques
de Alexandre, le 17-04-2008

Sur l'ile des Moais

Lundi 7 avril 2008 à l’ile de Paques
Après 5h de vol et plus de 4000 kms, et 4h de décalage horaire en moins, l’ile de Pâques ou Rapa Nui selon son nom polynésien, se dessine à travers le hublot et ressemble à un gros rocher posé au milieu du Pacifique, sans plage, juste de hautes falaises volcaniques. L’avion de la LAN se pose sur l’aéroport de Hanga Roa sur une très longue piste, qui sert aussi de piste de secours pour les navettes spatiales de la NASA. Le temps est très agréable sous le soleil matinal et une température de 25 degrés : on reste dans une ambiance d’été sans fin comme depuis plusieurs mois.

Le temps de récupérer nos bagages, et on fait le tour des propriétaires de guesthouses qui attendent patiemment dans la hall de l’aéroport. Accompagné de Julie et Nathalie, mes 2 amies tour-du-mondistes françaises rencontrées à Tahiti, on embarque dans le pick-up de Maria Goretti qui tient un très agréable et calme hôtel juste à la sortie de la ville avec un grand jardin fleuri et arboré. Maria est d’un zen hallucinant, parle couramment le français puisqu’elle a vécu à Tahiti, et son hôtel, c’est un peu comme à la maison avec ambiance familiale, la cuisine qui vit en plein milieu de la grande salle à manger où l’on nous servira de délicieux et copieux petit-déjeuners maison. On opte pour une vaste chambre commune, qui prendra vite au fil de la semaine une ambiance de colonie de vacances de routards, entre fous rires et joyeux désordre.

Une fois installés, on part à la découverte de la seule ville de l’ile : Hanga Roa et ses 4000 habitants. Une ambiance particulière règne dans cette ville puisqu’on est officiellement en territoire chilien mais à part les plaques d’immatriculation qui affiche le mot « Chile », on ne se sent pas du tout en Amérique du Sud (en même temps on en est encore à 4000 kms). Même si la langue officielle est l’espagnol, c’est évidemment celle que l’on entend le plus, beaucoup de personnes parlent aussi le Rapa Nui, le français et l’anglais. Les visages ont les traits mats mais vraisemblablement plus en raison des origines polynésiennes que sud-américaines. On essaie de parler espagnol mais on nous répond souvent en français, confusant !

L’ile de Pâques, c’est aussi l’autre pays du Far-West. En pleine ville, ou plutôt devrait-on appeler cet endroit un gros village, les gens se promènent tranquillement à cheval, le bandana dans les cheveux, et on gare son cheval devant le bar ou la boutique comme d’autre gareraient leur vélo. Parfois même, des chevaux sans cavalier trottent seuls le long des chemins du village. Une autre planète ici ! Un endroit où pour vous Mesdames, le mythe du prince charmant qui vous ramène à cheval à la maison est encore possible. Certaines l’appellent même le cavalier blanc comme le chantait Gérard Lanvin…
D’autres pascuans chevauchent fièrement la version mécanique du cheval mais nettement plus bruyant : la moto cross, toujours avec le bandana dans les cheveux, faut garder le style sauvage et rebelle !

L’impression générale qui se dégage de cette première journée est qu’on a débarqué au bout du monde (d’ailleurs le nom du très bon restaurant de Delphine) dans cette minuscule île de 25 kms sur 17kms, perdue au milieu du Pacifique. Un vrai monde à part, un melting pot de culture, finalement plus proche du monde polynésien que sud-américain. Les visages ainsi que les rituels comme les danses qu’on découvrira au fil de cette semaine nous le confirmerons.
On termine la journée par notre premier diner entre routards tour-du-mondiste en fêtant cette nouvelle étape commune par un Pisco Sour, la boisson classique du Chili à base d’alcool Pisco, de jus de citron, de sucre et de blanc d’œuf (oui vous avez bien lu !). Délicieux mais surement traître si l’on consomme sans modération…

Mardi 8 avril, à la découverte du volcan Rano Kau au sud de l’ile
Levé tardif (oui, c’est aussi sans complexe un des plaisirs du voyage au long-court) qui inaugurera la série de réveil en urgence à 10 minutes de la fin de l’horaire officiel qu’on fera toute la semaine, histoire de faire criser la sœur de Maria, qui finira par s’y habituer !.
On part ensuite à la découverte du parc national de Rano Kau, du nom du volcan qui occupe la partie sud de l’ile. Première rencontre avec les Moais, ces grandes statues emblématiques de l’ile, qui tournent le dos à la mer. Une rangée de 5 moais semble protéger du regard la ville de Hanga Roa, tandis que plus loin, un impressionnant moai isolé aux yeux blancs porte un chapeau de pierre volcanique rouge.
On longe la côte faite de falaises volcaniques noires, pas une seule plage à l’horizon malgré un étonnant panneau « attention surfeur » . Et oui, on n’est plus en Polynésie, le pays du sable blanc et des lagons turquoises.

Le sentier monte plus longuement que prévu, et on finit par tenter l’auto- stop car le temps de 1h à pied annoncé par Maria pour monter au volcan nous fait penser que ca fait des années que Maria n’a plus escaladé le chemin de randonnée … ou alors elle a une sacrée énergie cachée !. On est finalement pris par un des policiers de la ville qui nous apprend qu’un touriste norvégien vient de devenir le nouveau pensionnaire de la petite prison locale et l’heureux gagnant d’une amende de plusieurs milliers de dollars pour avoir cassé délibérément une oreille de moai. Ben qui sait qui se fait tirer l’oreille au final !

Arrivé au sommet du volcan, le paysage est magnifique. Dans l’immense cône du volcan, les abruptes pentes intérieures sont hautes de plusieurs dizaines de mètres et dessine un cercle parfait. Au fond du cratère, de l’eau remplie de plantes aquatiques forment une sorte de vaste marécage.
On entreprend ensuite la balade le long du sommet du cratère. On arrive ainsi au lieu de culte de l’homme-oiseau. L’endroit est sacré puisque c’est ici que selon les anciens rituels pascuans, chaque année les représentants des différentes tribus de l’île venaient s’affronter à l’occasion d’une compétition visant à descendre le plus vite possible la falaise, traverser le petit détroit à la nage pour aller chercher sur les 2 ilots en face de la falaise du volcan un œuf de sterne et de le ramener ensuite intacte en haut de la falaise. Le premier à accomplir l’exploit décrochait le titre respectable de l’homme-oiseau et gagnait ainsi le respect des toutes les tribus. L’épreuve est matérialisée en haut du volcan par de nombreux pétroglyphes (gravures sur pierre) en très bon état. Après cette balade culturelle ponctuée de bons moments de franche rigolade, nous somme les derniers à prendre à pied le chemin du retour, le long des sentiers aux airs de petite maison dans la prairie. On mettra plus de 2h à rejoindre le village, en finissant par se faire conduire en 4x4 par un local qui me choisit comme partenaire de discussion en espagnol alors que je lui ai expliqué que je ne comprenais rien. Faut vraiment que je m’y mette d’urgence !

Mercredi 9 avril 2008, en mode détente
Pendant que les filles partent plonger, j’opte pour une petite balade sur le sentier côtier, tranquille et reposant. J’adore cette île où le mot d’ordre est douceur de vivre, et prendre le temps de ne pas faire grand chose, juste capter l’énergie apaisante de cette terre où le temps semble s’écouler si doucement, loin de tout. Une bonne chose quand on se sent bien quelque part.
On profite ensuite longuement des terrasses face à la mer, tout en planifiant notre future randonnées à cheval dans l’ile.
Le soir venu, on assiste à la diffusion du film Rapa Nui, qui relate la vie des habitants de l’Ile de Pâques sur fond d’histoire d’amour entre 2 membres de tribus opposées. Film très intéressant qui malgré la romance (et une mystérieuse légende de canoë blanc) permet de s’imaginer comment les moais ont été construits et transportés à travers l’ile. La thèse la plus répandue est que les hommes ont utilisé à outrance les forêts de palmiers de l’ile pour le transport des lourdes statues, provoquant ainsi une catastrophique déforestation. En effet, l’ile ressemble aujourd’hui à une vaste plaine sans arbre, à l’exception de quelques rares bosquets ici et là.

Jeudi 10 avril 2008 à la découverte du nord de l’ile
Nouveau lever tardif, on ne va pas changer nos mauvaises habitudes non plus ! Programme du jour : on se décide à aller visiter le nord de l’ile. Puisque louer une voiture se fait sans aucune assurance, on est prudent et vu l’état des routes du nord, on opte pour la location d’un taxi avec chauffeur, au même prix que la location de voiture, le risque en moins. Une autre Maria (décidément tout le monde s’appelle comme cela ici !) sera notre chauffeur de taxi pour l’après-midi , et en route vers la côte est. Premier arrêt à la carrière de Moais, au volcan Rano Raraku. Première impression : des moais partout devant nous, presque avec un air de laissés à l’abandon. Certains sont droits et plantés dans le sol, d’autres sont renversés parterre, ou encore sont à moitiés enterrés. Il y en a partout, qui ont été taillés dans la falaise du volcan. Il en reste même un dont la longue silhouette et le visage sont à demi-taillés dans la roche, mais qui n’aura jamais été fini et dressé. Sa première et dernière demeure reste ici pour toujours dans le volcan. Au loin, dos à la mer se dresse la rangée de 15 moais du site de Tongariki qu’on ira visiter plus tard. Pour le moment, on poursuit le sentier qui nous amène vers l’intérieur du volcan qu’on imagine déjà très rocailleux avec une roche aussi grise que celle des façades extérieures. Et là, grosse surprise : l’intérieur du volcan est en fait un vaste lac, bordé de verdure et de roseaux, et une trentaine de chevaux ont trouvé ici refuge pour se désaltérer et manger. Le sol de pierre a laissé la place à un sol de terre de couleur ocre qui me fait penser au Colorado Provençal dans le sud-est de la France. Belle surprise !
On repart ensuite vers le site des 15 moais du site de Tongariki. Endroit impressionnant où les moais ont été redressés grâce à l’aide d’un mécénat japonais, redonnant au site sa majesté. Les 15 moais tournent comme d’habitude le dos à la mer et donne l’étrange sentiment de regarder le volcan Rano Raraku, leur lieu de naissance. On a ici une belle série de moais, dont l’un d’entre eux portent la coiffe de pierre rouge. Dans la grande terrasse face à eux, un 16eme moai est allongé parterre sur ce sol, qui a été l’emplacement d’un village dans le passé. Plusieurs grandes dalles de pierre sont gravées de pétroglyphes, illustrant notamment la fécondité.
Poursuite de la balade vers une des 2 seules plages de l’ile, celle d’Ovahe avec son étonnant sable rose, couleur issue de l’érosion de la falaise rouge qui la domine. On ne se laissera pas tenté par la baignade d’ailleurs déconseillée à cette endroit en raison des courants.
Une belle journée de balade qui nous aura permis de découvrir une grande partie des charmes de l’ile, et constater que c’est très désertique, inhabité, qu’il reste en effet très peu d’arbres.

Vendredi 11 avril 2008 : rendez-vous raté pour l’excursion à cheval
Tandis qu’un déluge de pluie tape sur le toit, Lionel, un français installé ici tape sur notre porte pour voir si nous sommes toujours partant pour partir en randonnée à cheval pour 2 jours, avec nuit sous une tente. Bien évidemment, on opte pour la grasse matinée au lieu de la rando sous la pluie. Une météo qui pour la première fois depuis notre arrivée sur l’ile décide de jouer les prolongations toute la journée, l’occasion de prendre le temps de déjeuner longuement, de gérer nos emails et de faire une hypothétique scéance de rangement de notre dortoir.

Samedi 12 avril 2008 : retour du soleil
Après la pause météo de la veille, journée tranquille à profiter du soleil face à la mer et aux moais. Soirée consacrée au spectacle de la troupe Matatoa, un groupe de danseurs et danseuses tous issus de l’île. Costumes à plumes, chants, danses rythmées de sauts, une partie de la culture pascuane se présente devant nous en un superbe spectacle d’une heure. On finira par prolonger la soirée dans un des rares bars de Ranga Roa où il se passe quelque chose le samedi soir, avec d’étonnants personnages locaux comme le sosie de Jésus sur la piste de danse.
On rentrera chez nous comme tous les autres soirs de la semaine accompagnés d’un nouveau chien qui nous tiendra compagnie jusqu’à la porte de notre chambre. Très adorables les chiens ici qui vont jusqu’à aboyer sur les éventuelles menaces de la nuit (en fait il n’y en aucune sur cette île) puis reviennent à nos côtés nous montrer fièrement comment ils nous servent de gardes du corps. Il faut savoir que sur l’île de Pâques, les chiens sont particulièrement doux et attachants, contrairement à pas mal de pays que j’ai visités auparavant . Je pourrais presque écrire un article sur les chiens, entre ceux qui passent leur nuit à aboyer dans les campagnes d’Asie et de Tahiti, et ceux de Bali qui ne ressemblent plus à rien puisque leur race semble perdue dans la nuit des temps et prennent un malin plaisir à vous courser la nuit, sans oublier bien sûr les chiens qui finissent leur carrière sur les menus de certains restaurants d’Hanoi au Vietnam. Bref quelle vie de chien parfois !

Dimanche 13 avril 2008 : à cheval autour de l’ile
Il nous aura fallu une semaine pour organiser notre balade à cheval, mais ici l’atmosphère particulièrement cool rend les choses pourtant simples plus longues à mettre en place. Bref, nous voici parti pour profiter de cette dernière journée complète sur l’île sous le soleil pour aller la parcourir à cheval avec notre ami Lionel.
On hérite de chevaux censés être courageux, il s’avèrera qu’ils seront plus gourmands qu’énergiques pendant toute la journée. On arrivera quand même à les faire bouger et galoper. La balade traverse les collines verdoyantes de l’île, on monte progressivement jusqu’à atteindre le sommet de Rapa Nui. De là, superbe vue panoramique à 360° qui nous confirme que l’île est vraiment petite. Avant de poursuivre la balade, quelques minutes de cache-cache avec les chevaux qui malgré le fait d’être attachés ensemble trouvent le moyen de filer en douce.
On longe les chemins pour atteindre le site des 7 moais, seul endroit de l’île où les moais ont pour une fois le regard tourné vers la mer, selon la légende pour surveiller du regard 7 marins partis à la recherche d’une terre voisine. Plus loin, quelques grottes de lave nous révèlent quelques troncs de palmiers figés dans la coulée, preuve de la présence de ces arbres sur l’île. On termine ces 6 heures de cheval en longent les falaises volcaniques, pour achever la balade avec quelques bonnes courbatures, histoire de finir le séjour avec un petit souvenir.

Lundi 14 avril 2008 : départ vers Santiago du Chili
Jour de départ, l’avion de la LAN vient de Tahiti, fait escale ici à Hanga Roa pour nous récupérer et nous emporter 4000 kms vers l’est sur le continent sud-américain, vers Santiago du Chili.
C’est toujours pareil, à peine s’habitue-t-on bien à un endroit qu’il faut déjà le quitter. Peut-être est-ce ainsi pour en garder seulement les bons souvenirs. Contre toute attente, cette étape à l’île de Pâques, sur une île si petite et si loin de tout, aura été un de mes moments favoris de mon tour du monde. Il y a des lieux dans le monde aux effets inattendus.
Peut-être est-ce le côté mystique de cette île, sa tranquillité et son écart du reste du monde qui donnent juste envie de prendre le temps de vivre. Quelle énergie positive se cache derrière ces moais qui vous observent du coin de l’œil. Peut être chuchotent-ils en secret aux oreilles des voyageurs privilégiés qui viennent faire escale sur leur terre lointaine de profiter de chaque seconde de la vie …et de n’en prendre que le meilleur …

Cette semaine sur l’ile de Pâques aura eu un parfum particulier pour apprécier :
- sa douceur de vivre, son calme et son climat d’éternel printemps
- le mythe des moais, la culture pascuane et son allure de Far-West polynésien
- de nouvelles belles amitiés

malgré :
- que le temps passe toujours trop vite
- qu’on n’aie pas réussi à réviser sérieusement notre espagnol, malgré les tentatives désespérées de Nathalie, notre professeur de langue.

Petit clin d’œil particulier :
- Merci à Michel d’avoir inconsciemment synchronisé nos dates de voyage
- Pas merci à Michel pour ne pas avoir été assez persuasif quand il disait pourtant qu’Avril n’était pas la bonne saison pour aller à Punta Arenas au sud du Chili, et qu’il aurait fallu descendre à l’aéroport d’avant !


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